La génomique
09/07/12 15:07

Le génome du bonobo, le singe « hippie », déchiffré

Deux bonobos au repos.

On les appelle les « singes hippies » pour leurs manières sereines, leur caractère joueur et parce que, face à un problème ou conflit, ils préfèrent littéralement « faire l'amour et pas la guerre », également entre individus du même sexe. C'est le bonobo, notre parent le proche après le chimpanzé et le seul des grands singes dont on ne possédait pas la carte génétique. Ulundi, une femelle du zoo de Leipzig, a prêté son ADN pour faire partie de l'histoire. Des scientifiques de 20 laboratoires de huit pays – entre autre l'Espagne – sont parvenus à séquencer son génome.

La recherche, coordonnée par Kay Prüfer et Svante Paabo, de l'Institut Max Plank (Allemagne), a été publiée en juillet 2012 dans la revue Nature. Avec l'information génétique de ce singe au complet et disponible, les scientifiques la comparent avec celle du chimpanzé (dont le génome fut obtenu en 2005). On espère que cette information aide à dévoiler les causes de son comportement.

Les chimpanzés vivent dans une société dominée par les mâles, qui ont des comportements agressifs, se battent pour être le dominant, pour le territoire et pour accéder sexuellement aux femelles, et s'associent pour faire la guerre entre groupes rivaux. Complètement opposés aux bonobos, qui ont l'habitude d'être soumis aux femelles, ne luttent pas excessivement pour le rang de dominant et, que l'on sache, chez qui ne se produisent pas d'agressions mortelles entre groupes. En comparaison aux chimpanzés, les bonobos sont des joueurs et ont une intense vie sexuelle, souvent entre individus du même sexe.

Pour le moment, on a découvert que tous deux sont différents de l'être humain à concurrence d'1,3 % de leur génome, mais dans des zones distinctes, c'est-à-dire que certaines des séquences d'ADN dans lesquelles se différencie le chimpanzé de l'homme sont différentes de celles qui varient entre l'homme et le bonobo, selon ce qu'explique le chef du groupe de Génomique des Primates de l'Institut de Biologie Évolutive (UPF-CSIC) et seul espagnol participant au projet, Tomàs Marqués-Bonet.

Les chercheurs ont localisés des « gènes candidats » qui pourraient contribuer à éclairer l'origine de ces différences de comportement. Les biologistes fonctionnels seront ceux qui devront reprendre les travaux en laboratoire (avec des souris transgéniques utilisées comme organismes modèles) pour observer si les mutations dans ces régions du matériel génétique peuvent être liées a leur comportement. Cependant, le bio-informaticien Kay Prüfer signale que tout comportement est influencé par des centaines voire des milliers de gènes, et non par un seul ou une poignée d'entre eux. « La possibilité qu'en changeant un gène vous vous convertissiez tout à coup en un bonobo n'arrivera pas je crois », assure-t-il.

Mais avant tout, il faut avoir de la patience, parce que comme le rappelle Marqués-Bonet « ce type d'études est très cher et lent. Obtenir des résultats de l'analyse de ces régions en profondeur pourrait très bien durer dix ans ». Pour l'enquêteur barcelonais, le bonobo est un animal clé du point de vue biologique parce qu'il n'y a pas beaucoup de cas dans la nature où on peut étudier des changements évolutifs aussi rapides ». Que cela se soit produit avec l'espèce la plus proche de l'homme, pour étudier en direct comment la génétique affecte ensuite le comportement est très importante », remarque-t-il.

Le gorille est le troisième parent le plus proche de l'homme, avec qui il partage 98,25 pour-cent d'ADN, suivi de l'orang-outan avec 97 %. La recherche a apporté également de nouvelles pistes sur l'évolution des chimpanzés. « Quand nous utilisons le génome du bonobo pour examiner des parts de l'ADN du chimpanzé qui ont été importantes dans l'évolution récente de ce singe, nous découvrons des évidences certaines de ce que la résistance aux pathogènes a été d'une grande importance dans la configuration du gène », dit la chercheuse Jane Kelzo.

Langues disponibles: Anglais Espagnol
A l'avant-garde

La génomique est synonyme d'avant-garde technologique. Une technologie de pointe et pas si chère. Le premier pas fut initié en lisant les presque 3.000 millions de « lettres » que forment le génome humain. Il y a de cela dix ans et grâce à cela s'est ouvert un nouveau monde de possibilités pour la biologie, la médecine et aussi les sciences qui étudient l'évolution des espèces.

En une décennie l'évolution exponentielle qu'a vécu la technologie de la génomique a permis de réduire de manière substantielle les coûts de séquençage génétique, ce qui a permis d'amplifier l'éventail d'espèces analysées. Le génome du panda fut mis à jour en 2010 et actuellement les scientifiques du monde entier poursuivent l'objectif de séquencer plus de 10.000 espèces de vertébrés afin d'étudier leur évolution.

Lynxexitu
 
Powered by